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15/05/2012 10:40

Se faire circoncire ou pas: au Botswana, les hommes hésitent malgré le sida

Se faire circoncire ou pas, c'est une question qui tourmente de nombreux hommes au Botswana, où le gouvernement tente de les convaincre d'accepter cette opération recommandée pour lutter contre les ravages du sida. Le Botswana, pays peu peuplé de 2 millions d'habitants et relativement prospère, est comme toute l'Afrique australe particulièrement touché par la pandémie, avec un adulte séropositif sur quatre. Depuis trois ans, le gouvernement fait campagne pour la circoncision suivant les recommandations de l'Organisation mondiale de la santé (OMS), dont les études montrent qu'elle n'immunise évidemment pas contre le virus, mais réduit de 60% les risques de transmission hétérosexuelle. L'opération est gratuite, des publicités s'affichent partout, et une vedette locale de variétés a même composé une chanson à la gloire de la circoncision







Congo-Brazzaville "A quand la fin de cette irresponsabilité généralisée ?"

Militant à l'Association des Jeunes Positifs du Congo, Thierry Maba est engagé dans la lutte contre le sida au Congo-Brazzaville. En 2008, son pays a connu d'importantes ruptures de médicaments indispensables à la prise en charge des personnes séropositives et malgré l'annonce officielle de la gratuité des examens biologiques et des Antirétroviraux (ARV). Dans une interview qu’il nous a accordée, M. Maba a fait savoir que le compte n’y est pas.



Depuis deux ans, la République du Congo est officiellement engagée sur la voie de la gratuité de l'accès aux traitements antirétroviraux, qu'en est-il sur le terrain ?
Thierry Maba : Entre les mots et les actes, il y parfois un pas. Au Congo, c'est un océan ! Depuis janvier 2007, les traitements anti-VIH sont gratuits, quand ils sont disponibles ! Le 31 décembre 2007, le chef de l'Etat a annoncé la gratuité des examens biologiques pour les personnes vivant avec le VIH.

Que s'est il passé en dix mois ?

T M : Justement rien, ou presque ! Pour faire des examens aujourd'hui au Congo, il vous en coûtera entre 7 000 francs CFA (10,67 euros) et 30 000 francs CFA (45,73 euros) ! Après avoir vu le chef de l'Etat à la télévision, des familles qui soutenaient financièrement des séropositifs pour le paiement du bilan biologique (bilan d'inclusion et de suivi), ont arrêté. Aujourd'hui, ceux qui demandent de l'argent pour les examens sont traités de voleurs ! Au Centre hospitalier universitaire de Brazzaville (CHU), plus de la moitié des enfants suivis n'ont pas fait de bilan biologique depuis au moins six mois [les examens de suivi doivent avoir lieu tous les trois mois] ! Conclusion, il est difficile de savoir rapidement si le traitement anti-VIH utilisé est efficace. Des gens meurent dans ce pays à cause des effets d'annonce quand ils ne meurent pas à cause des ruptures dans l'approvisionnement en traitements.

Justement, qu'en est il des traitements ?
T M : Ils sont gratuits quand ils sont disponibles ! La dernière grande rupture dans l'approvisionnement date d'avril dernier. Nous avons été alertés par les participants aux groupes de parole que nous animons pour les personnes séropositives. Telle personne disait avoir accoucher sans bénéficier de la prophylaxie prévue pour prévenir la transmission du VIH de la mère à l'enfant, une autre n'avait plus de traitements depuis deux semaines. Nous sommes allés voir les médecins qui nous ont confirmé ces informations. Pourtant ce n'est pas l'argent qui manque au Congo. Rien que pour 2008, le gouvernement a inscrit 4 milliards de francs CFA (6 millions d'euros) dans le budget pour l'achat notamment des ARV. Sur cette somme, seulement 1,2 milliards F CFA (1,8 million d'euros) a été débloqué à ce jour ! Cela sans compter l'argent du Fonds mondial.

Qu'avez-vous entrepris ?
T M : La présidente du Réseau des associations de personnes vivant avec le VIH au Congo est intervenue à la télévision le 14 juillet 2008 pour lancer un ultimatum de 72 heures au gouvernement ! La question a été inscrite à l'ordre du jour du Conseil des ministres du 16 juillet 2008 suivant. Nous avons effectué une visite à la centrale d'achat des médicaments et, nous sommes tombés de très haut : alors que les médicaments prescrits au Congo étaient introuvables, quelqu'un avait commandé et payé, avec l'argent des Congolais, des médicaments que plus personne n'utilise, en l'occurrence de la Triomune 40 ! Il faut savoir que depuis 2007, l'Organisation Mondiale de la Santé (OMS) recommande de ne plus utiliser cette molécule à cause de ses très nombreux effets secondaires.

Comment cette molécule s'est elle retrouvé au Congo alors ?

T M : C'est ce que nous avons cherché à savoir. Seule la Congolaise des médicaments génériques [une centrale d'achats] est habilitée à commander et approvisionner le système de santé. Or là, c'est la Direction de la Santé qui a acheté 1 540 boites de T 40. Cette direction n'a pas le droit d'acheter des médicaments. Le plus grave, c'est que ces achats, auprès de CIPLA [un fabricant indien de génériques] pour 300 millions de F CFA (457 milles euros) ont été faits sans appel d'offre, sans facture, ni bon de commande reçu a la COMEG sans document de douane ! Chacun en tirera les conclusions logiques.

Quelle a été votre réaction ?

T M : Nous étions et nous sommes très en colère ! Nous avons d'abord demandé et obtenu la mise en quarantaine de ce produit.. Ensuite, nous avons pointé les responsabilités. Qu'un médecin, directeur général de la Santé, de surcroît président du Conseil d'administration de la centrale d'achats, se permette ce genre de chose, c'est inadmissible. Nous avons donc demandé sa démission le 11septembre2008 dans une salle de réunion du palais de parlement. A quand la fin de cette irresponsabilité généralisée ? Des enfants sont nés avec le virus parce qu'il n'y avait pas de traitement pour la mère et l'enfant, des gens meurent faute de traitements. Pendant ce temps, l'argent des Congolais est utilisé pour acheter des médicaments que plus aucun Congolais ne prend. La moindre des choses, c'est que l'incompétence, pour dire le moins, soit sanctionnée. Pour l'instant, rien n'a été fait. A ce jour, nul ne sait ce que deviendront ces médicaments : retournés au fabricant ou détruits ? Quoiqu'il en soit, il convient de rester vigilants.

Quelles sont vos principales revendications actuellement ?

T M : D'abord, c'est l'application réelle des mesures annoncées par le gouvernement, à commencer par la gratuité des examens, rendre disponible les médicaments ARV et I.O. Ensuite, nous voulons une véritable transparence dans la gestion des fonds et l'approvisionnement et la distribution des médicaments. Avec les sommes en jeu, le manque de transparence favorise la constitution de "rentes" occultes qui "nuisent gravement à la santé". C'est vrai au niveau des responsables, mais aussi dans les centres de soins. Lorsque les traitements sont indisponibles, il se trouve toujours un médecin qui vous demande de l'argent pour vous en trouver ! Nous, organisations de personnes vivant avec le VIH, devons savoir qui paie quoi, avec quel argent, et comment c'est utilisé. Actuellement, nous sommes en train de négocier avec les autorités, la création d'un poste pour contrôler l'approvisionnement et la distribution des médicaments. Le poste sera occupé par un militant associatif. Les Tchadiens l'ont déjà fait chez eux et nous croyons que ce serait une véritable avancée.


TEXTE N° 2
Portrait
Son Bac en poche, Thierry Maba se prépare à poursuivre ses études en Algérie avec une bourse d'études. Une seule condition : produire les résultats d'un examen de santé comprenant un test du VIH. Nous sommes en 1991. Thierry Maba découvre sa séropositivité. Il a 19 ans. Une dizaine d'année plus tard, une infection opportuniste le conduit au Centre de traitement ambulatoire de Pointe-Noire, la deuxième ville du Congo. Il y fera ses premiers pas dans l'accompagnement psychosocial des séropositifs. En 2003, il rejoint l'Association des Jeunes Positifs du Congo (AJPC) présidée par Valérie, devenue depuis Mme Maba. Sa formation ne se fera pas en Algérie, mais sur le terrain de la lutte contre le sida au Congo. Le militantisme, se sera d'abord le témoignage à visage découvert depuis 2004. Aujourd'hui, c'est le plaidoyer constant pour l'accès aux traitements.

Mercredi 7 Janvier 2009 - 09:44
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