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18/01/2012 15:27

Los Angeles impose le préservatif sur les tournages de films pornos

La ville de Los Angeles a adopté mardi un texte imposant le port obligatoire du préservatif sur les tournages de films pornographiques. Elle devient ainsi la première ville américaine à légiférer sur le sujet. Le texte a été voté par 11 voix contre une, et doit faire l'objet, dans les prochains jours, d'une second vote à la majorité simple - qui semble acquis - pour être définitivement adopté. La ville a ainsi pris les devants, après que l'association AIDS Healthcare Foundation (AHF) eut annoncé en fin d'année dernière avoir réuni les signatures nécessaires pour soumettre à référendum, en juin prochain, un texte imposant le port du préservatif dans l'industrie pornographique. L'organisation d'un tel referendum aurait coûté à ses organisateurs quelque 4 millions de dollars.








Congo: La prostitution dans la communauté de pêche de Base-Agip

Dr. Franck Fortuné Mboussou, Coordonnateur de la “Réponse communautaire” du secrétariat exécutif du CNLS

Au bord de l’océan Atlantique, à Pointe-Noire, capitale économique de la République du Congo, se trouve une plage dénommée Base-Agip, une zone de forte exploitation pétrolière au niveau de laquelle est installée la plus importante communauté de pêche des côtes congolaises. Cette communauté compte environ 3.000 habitants de nationalités diverses - autochtones, congolais de la République Démocratique du Congo, Béninois, Ghanéens, Sao-toméens et Angolais.



Les membres de cette communauté vivent essentiellement des produits de la pêche maritime artisanale. Les hommes pratiquent la pêche ou sont mareyeurs, tandis que les femmes assurent la vente et/ou la transformation du poisson. Autour de ces différentes activités, diverses relations sexuelles qui rendent les membres de cette communauté particulièrement vulnérables à l’infection par le VIH et les autres infections sexuellement transmissibles, se sont développées.

Une meilleure connaissance de la typologie et de l’organisation de ce phénomène constitue un préalable à toute action visant à réduire la vulnérabilité des membres de cette communauté au VIH. Dans ce but, le Conseil national de lutte contre le SIDA (CNLS) de la République du Congo et l’Unité de coordination nationale (UCN) ont réalisé, en août 2004, une étude socio-comportementale sur la prostitution dans la communauté de pêche de Base-Agip. Cette étude a permis de mettre en lumière la typologie de la prostitution dans cette communauté, les déterminants de la vulnérabilité au VIH chez les pêcheurs, les mareyeuses, les transformatrices de poisson, etc.

Quatre types de prostitution

Les femmes, qui fournissent des prestations sexuelles marchandes au niveau de la communauté de Base-Agip, peuvent être classées en quatre groupes :

Les professionnelles du sexe qui habitent Base-Agip et qui reçoivent les clients à domicile :

Le plus souvent, ce sont des femmes âgées de plus de 40 ans. Ces femmes sont en majorité originaires de la République Démocratique du Congo. Il y a quelques femmes de l’ethnie « vili », ethnie majoritaire dans le département du Kouilou dont Pointe-Noire est le chef-lieu. La plupart de ces femmes sont des transformatrices de poisson. Elles ont en général deux ou trois partenaires réguliers parmi les patrons pêcheurs ou les pêcheurs. Ceux-ci leur accordent des facilités pour l’accès au poisson. Le propriétaire de la maison où elles louent une chambre est en général un de leurs partenaires.

Les passes sont relativement moins chères chez ces femmes : 1.500 à 2.000 FCFA[1]. Elles offrent aussi des services à crédit. Les partenaires réguliers payent parfois en apportant du poisson. Le nombre de clients varie avec le niveau de production de la pêche. Le nombre de clients est plus important pendant les périodes de bonne pêche, entre 3 et 7 par jour. Ces femmes ont toujours des préservatifs sur elles. Cependant, elles acceptent aussi des rapports non protégés, en particulier avec les clients qui sont réguliers.

·Les jeunes filles libres appelées « bordels » et qui vivent à Base-Agip :

Ce sont des jeunes filles de moins de 30 ans, vivant à Base-Agip, qui ne sont pas des prostituées en tant que telles, mais qui sont disposées à offrir des services sexuels pour des raisons de survie. Dans la plupart des cas, il s’agit de jeunes filles-mères qui ont à charge un ou plusieurs enfants, et qui vivent avec leur grand-mère, leur mère ou une tante, parfois même avec leur père. Vu qu’elles doivent apporter une contribution à la popote de la famille, elles mobilisent les ressources pour la survie, soit en ayant plusieurs partenaires réguliers, soit en acceptant des rapports sexuels occasionnels moyennant de l’argent. Ces filles n’ont pas de prix fixe pour les prestations sexuelles; elles comptent sur la bonne volonté des hommes. Elles ne se considèrent pas et ne souhaitent pas être considérées comme des prostituées, c’est-à-dire des filles qui « font la vie ». C’est pourquoi elles ne reçoivent pas les hommes chez elles et ne vont pas non plus dans les boîtes de nuit, ni dans les bars. Elles n’ont pas tendance à recourir au préservatif. Certaines affirment même ne pas aimer le préservatif.

Ces filles finissent le plus souvent par faire « la vie des Blancs », soit parce que la forme de prostitution décrite ci-dessus ne leur permet pas de couvrir l’ensemble de leurs besoins, soit parce qu’elles sont initiées par des amies.

Les jeunes filles de Base-Agip qui font la « la vie des Blancs » :

Il s’agit de jeunes filles qui vivent à Base-Agip et qui fréquentent les boîtes de nuit et les bars de Pointe-Noire. Elles y fournissent des prestations sexuelles à au moins 10.000 FCFA la passe. Elles font deux ou trois sorties par semaine, ce qui rapporte à chacune autour de 45.000 FCFA par sortie. Elles n’ont en général pas de partenaires parmi les membres de la communauté de Base-Agip. Elles justifient cette attitude par le fait qu’elles souhaitent garder leur dignité vis-à-vis des membres de la communauté. En vérité, les hommes de la communauté ne payent pas autant que ce que peuvent rapporter les sorties nocturnes. Certaines ont quand même un partenaire de façade au sein de la communauté.

Ces filles ont en général des rapports protégés. Elles sont conscientes des risques liés à leur activité et prennent des mesures de protection. Il y en a quand même quelques cas de filles qui acceptent des rapports non protégés lorsque le partenaire augmente la mise, ou lorsqu’il y a une tendance à la fidélisation d’un client.

Les prostituées mobiles travaillant à Base-Agip :

Il s’agit de filles et de femmes qui ne vivent pas à Base-Agip, mais qui viennent chercher des clients. Certaines viennent d’un mini-hôtel de la place appelé « Chateau Rouge », chercher des clients le week-end, notamment lorsque la pêche est fructueuse. Il y en a qui ont des partenaires réguliers qui leur fixent des rendez-vous dans ce mini-hôtel.

Il y en a qui viennent juste se promener à la plage dans l’espoir de trouver des clients. D’autres exercent de petits commerces peu rentables (cabine téléphonique, commerce de manioc, studio photos) et fournissent en même temps des services sexuels.

Comme les filles qui font « la vie des Blancs », celles qui fréquentent le mini-hôtel ou la plage ont tendance à protéger leurs rapports sexuels. Par contre, celles qui mènent une activité de façade au niveau de la communauté se rapprochent des « filles libres bordels » en matière de recours au préservatif, ce qui veut dire qu’elles ne se protègent pas.

Les pêcheurs, les mareyeuses et les transformatrices de poisson : des groupes particulièrement vulnérables au VIH

L’accès à la ressource de grande valeur qu’est le poisson a favorisé le développement de divers rapports de type sexuel qui rendent vulnérables au VIH, à divers degrés, les différentes personnes impliquées dans la pêche, la transformation et le commerce du poisson.

Les patrons pêcheurs sont propriétaires de pirogues, de matériels et d’engins de pêche. Ce sont eux les premiers qui ont accès à la ressource qu’est le poisson qu’ils revendent à des clients qui se trouvent être en majorité des femmes - mareyeuses et transformatrices de poisson.

Pendant les périodes de « mauvaise pêche », le poisson se fait rare et la demande devient plus importante que l’offre. Les patrons pêcheurs accordent alors leur poisson en priorité à certaines clientes privilégiées. Il s’agit de leurs épouses ou de leurs maîtresses.

La vulnérabilité du patron pêcheur découle de cette position privilégiée d’accès à la ressource. Ce qui fait de lui la proie des femmes qui recherchent des privilèges pour acquérir du poisson, ou même à ne pas acheter une partie de ce poisson.

« … Je suis chargé du recouvrement chez mon patron. Parfois, quand j’arrive chez une femme qui avait pris du poisson, elle me dit qu’elle avait déjà remis les fonds au patron ; ça veut dire ce que ça veut dire… Si tu cherches à trop comprendre ce qui s’est passé, le patron menace de te virer… » (O. 36 ans, pêcheur).

La tentation est telle que tous les patrons pêcheurs « finissent entre les jambes des femmes qui viennent acheter le poisson ». « … Je veux prendre du poisson chez toi… Il faudrait connaître ma maison, on ne sait jamais ! Arrivés chez elle, elle me laisse faire ce que je veux et après, elle me dit que le poisson n’a pas marché et qu’elle n’a rien trouvé pour pouvoir payer… » (L. 52 ans, patron pêcheur).

En période de bonne pêche, le partage du revenu d’une pêche est fortement en faveur du patron pêcheur. « … Il y a des moments où nous gagnons un million de francs après une sortie de pêche. Nous enlevons alors ce que le patron aura à dépenser pour faire partir l’embarcation : autour de 150.000 francs. Le reste est divisé en deux parts : une pour le patron et l’autre pour l’ensemble des travailleurs… » (A. 32 ans, pêcheur).

Les patrons pêcheurs sont ainsi amenés à entretenir des rapports quasi-réguliers avec plusieurs femmes en quête de privilèges pour l’accès au poisson. La régularité dans les relations avec leurs multiples partenaires les empêche de percevoir les risques liés au VIH/SIDA.

Certains patrons pêcheurs subissent par la suite le poids de la gestion de ces multiples partenaires dont l’objectif est de tirer le maximum de profit pour leur activité, au point de ne plus être en mesure de faire face aux charges nécessaires pour le départ en mer des embarcations (achat de carburant notamment). Une de ces partenaires peut alors intervenir pour faire ce qui est appelé en langage local « le bilan ». C’est un préfinancement par une mareyeuse d’une embarcation qui devient alors la maîtresse du produit de la pêche.

A l’inverse des patrons pêcheurs, la vulnérabilité des pêcheurs est accentuée pendant les périodes de « bonne pêche » : « … Parfois, quand nous faisons le partage après une sortie de pêche, je me retrouve avec 30.000 francs en une journée. Je donne alors 10.000 francs à ma famille et je mets le reste en poche pour l’ambiance. Après avoir bu, je me tape une ou deux bordels avant de rentrer… ». (L. 28 ans, pêcheur).

Les pêcheurs estiment leurs revenus mensuels à 150.000 FCFA au minimum ; ces revenus peuvent atteindre les 400.000 FCFA par mois pendant les périodes de « bonne pêche ». Cependant, la plupart des pêcheurs vivent au jour le jour, sans aucune vision d’avenir.

Ils disent être soumis à de trop fortes pressions au niveau de la plage. « ... Quand le poisson sort, les femmes traînent ici au bord de la plage. Elles viennent se promener sans but précis. Ce sont elles qui nous abordent…”Monsieur, moi, je vous aime, pouvez-vous m’acheter un jus ?”… Ça commence comme ça… »

Les femmes qui viennent acheter le poisson abordent les pêcheurs autrement. « … Monsieur, je veux acheter du poisson, mais je n’ai rien… on peut se retrouver si vous voulez… est-ce que vous êtes marié ? Souvent, après l’hôtel, en plus du poisson d’une valeur de 10.000 ou 20.000 francs qu’on leur donne, elles réclament encore de l’argent pour le taxi».
(R. 38 ans, pêcheur).

« Si une femme n’a pas d’argent, on négocie, je lui donne du poisson et après, on se retrouve… » (A. 32 ans, pêcheur).

Les pêcheurs savent bien que ces femmes passent par plusieurs d’entre eux, mais ils sont très peu nombreux à prendre des mesures de protection. « … On a remarqué que ces femmes font ça avec beaucoup de pêcheurs. Parfois, après l’hôtel, quand on va à l’autre côté du quartier, on retrouve la même femme avec un autre pêcheur… » (L. 26 ans).

La plupart des pêcheurs n’aiment pas le préservatif, celui-ci, selon eux, réduit le plaisir sexuel. « … C’est moi qui donne l’argent à la femme, je ne peux pas accepter qu’elle m’impose quelque chose qui va m’empêcher d’accéder à la jouissance pour laquelle je vais payer… » (R. 38 ans, pêcheur).

Le recours au préservatif est encore plus hypothétique lorsque le rapport sexuel intervient après une importante prise d’alcool, surtout dans une communauté où persistent de fausses croyances sur le préservatif. « … Tout le monde sait ici que le liquide du préservatif rend malade… ». (R. 38 ans, pêcheur).

« Mon frère qui est infirmier m’a donné une information qu’il a reçue d’un de ses correspondants sur Internet, selon laquelle il est aujourd’hui certain que le virus du SIDA passe à travers le préservatif ».

Certains pêcheurs se font piéger par les « bordels » de la plage. « …Ici, il y a des femmes qui s’organisent pour créer des problèmes aux pêcheurs… A la fin du rapport sexuel, elle te demande 50.000 ou 200.000 francs. Après, c’est la police qui s’amène. Et quand la police est là, on est bien obligé de donner ce qu’elle demande. C’est sûr qu’ils doivent se partager le butin après… » (R. 38 ans, pêcheur).

« … Une fois, j’ai pris une bordel de 18 ans à la plage. Dès que nous sommes entrés dans la chambre d’hôtel, un homme a surgi, affirmant qu’il est le mari de la femme… après, c’est la police qui est arrivée ; la police a soutenu que j’ai fait la pagaille avec une mineure qui, en plus, se trouve être mariée et m’a taxé de 250.000 francs d’amende… » (A. 32 ans, pêcheur).

La vulnérabilité des mareyeuses et des transformatrices de poisson découle des difficultés d’accès au poisson pendant les périodes de « mauvaise pêche », et du souci de gagner au maximum en payant une partie du poisson en « monnaie de chair ». Pour être privilégiées dans l’accès au poisson, les mareyeuses cherchent à avoir au moins un partenaire parmi les patrons pêcheurs. Certaines arrivent à ruiner suffisamment le patron pêcheur, au point de devenir la vraie patronne grâce au préfinancement des embarcations qui lui donnent tous les droits sur le produit de la pêche, y compris la part du patron pêcheur.

Les transformatrices de poisson ont des problèmes spécifiques liés à la vente du poisson. Pour avoir plus de bénéfices, certaines vont livrer le poisson à crédit dans certaines entreprises de Pointe-Noire. « … Quand tu livres le poisson dans une entreprise crédible, ça donne bien ; mais il faut trouver quelqu’un qui va t’introduire… » (O. 29 ans, vendeuse de poisson salé). Les femmes recherchent ainsi des partenaires dans les entreprises pour faciliter la vente de leur poisson.

Certaines femmes vont vendre le poisson le long du chemin de fer. Pour éviter les tracasseries au cours des voyages, elles trouvent un militaire protecteur afin non seulement de pouvoir voyager sans frais, mais aussi de bénéficier de la protection de la marchandise. « … Sur le chemin de fer, si tu n’as pas un ami militaire, tu ne peux pas t’en sortir… » (A. 37 ans, fumeuse de poisson).

La prostitution : un phénomène alimenté par la faible capacité de gestion des ressources des membres de la communauté de Base-Agip

Les différents groupes de populations impliqués dans la pêche et la commercialisation du poisson brassent d’importantes masses d’argent : plus de 500.000 FCFA par mois pour les patrons pêcheurs, 100.000 à 300.000 FCFA par mois pour les pêcheurs, 50.000 à 100.000 FCFA par mois pour les mareyeuses et les transformatrices de poisson. Les commerçantes reçoivent en plus de l’argent de leurs différents partenaires. Malheureusement, il y a une faible prise de conscience de l’importance de l’argent qui passe entre les mains de ces populations. Cette situation est liée au fait que la plupart des membres de cette communauté vivent au jour le jour, sans aucune logique de maîtrise des dépenses.

« … Ce que je donne à la maison pour la popote dépend de ce que je gagne. Quand la mer donne bien, je donne 2.000 francs, quand ça ne donne pas, 1.000 francs… ». Ils organisent des tontines ou épargnent de l’argent au niveau d’un système de carte de pointage. Cet argent sert souvent à régler des problèmes urgents de maladie ou pour l’achat de vêtements.

Les professionnelles du sexe et autres filles/femmes libres, vivant ou travaillant à Base-Agip, gagnent également assez d’argent. Celles qui font « la vie des Blancs » arrivent à gagner autour de 135.000 FCFA par semaine. Elles n’ont pas non plus de stratégie claire de gestion de leurs ressources. Les fonds qu’elles gagnent sont dépensés automatiquement pour l’achat de vêtements et pour financer les besoins quotidiens personnels ou ceux de la famille. Certaines sont convaincues qu’il n’est pas possible de mener une activité sérieuse avec l’argent issu de la prostitution. La plupart des femmes interviewées ont des projets d’avenir, mais elles comptent sur d’autres personnes pour leur réalisation. Bien souvent, les ressources qu’elles gagnent pourraient bien leur permettre de réaliser leurs projets.

Mardi 31 Juillet 2007 - 15:27
Jean-Claude Nkou