Au cours d’une conférence de presse donnée le 17 mars 2009, dans l’avion qui le menait au Cameroun, le Pape Benoît XVI a fait une déclaration sur la distribution du préservatif, en affirmant : « Je dirais qu’on ne peut pas vaincre ce problème du sida uniquement avec de l’argent, qui est nécessaire. S’il n’y a pas l’âme, si les Africains ne s’aident pas, on ne peut le résoudre en distribuant des préservatifs. Au contraire, ils aggravent le problème. »
Cette déclaration vient fragiliser un consensus établi depuis plusieurs années avec les confessions religieuses en général et l’Eglise Catholique au Congo, en particulier, relatif à la question du préservatif comme un des moyens de protection contre le VIH. Ce consensus est basé sur le principe du « silence sauveur » par lequel l’Eglise Catholique s’est engagée à promouvoir la chasteté avant le mariage et la fidélité dans le mariage, conformément aux exigences de la Foi Chrétienne, tout en s’abstenant de se prononcer sur l’efficacité du préservatif.
Ce principe a été clairement souligné dans la déclaration d’engagement des Evêques d’Afrique Centrale publiée en avril 2003, au terme d’un colloque sur le VIH/SIDA organisé à Libreville par l’Association des Evêques d’Afrique Centrale. Cette déclaration a été relayée en mai 2003 par la Conférence Episcopale du Congo.
Il est de la responsabilité des leaders religieux de rappeler à leurs fidèles que la chasteté jusqu’au mariage et la fidélité conjugale sont des moyens de protection contre le VIH/SIDA, conformes à l’idéal de leurs fois. Dans ce cadre, il n’est pas nécessaire que le préservatif soit évoqué, puisque leur discours s’adresse à des populations qui vivent pleinement la chasteté et la fidélité conjugale. Le préservatif est destiné à protéger les populations qui ont des rapports sexuels avant et en dehors du mariage.
Selon les données de l’enquête démographique et de santé 2005, 26,9% des garçons et 23,5% des filles ont des rapports avant l’âge de 15 ans. Avant l’âge de 18 ans la proportion des jeunes qui sont sexuellement actifs, passe à 77,5% chez les hommes et à 81,1% chez les femmes. Sur la base de ces données, on peut considérer que 70% des jeunes au moins, à partir de 18 ans et qui ne sont pas en situation de vie conjugale, sont sexuellement actifs, par conséquent exposés au risque VIH.
Toujours, selon les données de cette enquête, seulement 10% des hommes et 11% des femmes interrogés ont affirmé que la plupart des hommes qu’ils connaissent, ont des rapports sexuels exclusifs qu’avec leurs femmes. La proportion des personnes interrogées qui ont affirmé que la plupart des femmes qu’elles connaissent n’ont des rapports sexuels qu’avec leur mari est de 17% chez les femmes et de 14% chez les hommes. On peut donc considérer qu’au moins 80% des congolais pensent que les hommes et les femmes mariés sont infidèles. Ce qui impose d’enseigner aux hommes et femmes en situation de vie conjugale l’usage du préservatif au cours des rapports sexuels extraconjugaux, qui sont loin d’être une exception.
Dans le contexte qui est le nôtre, où les jeunes ont des rapports sexuels précocement et se marient tardivement, où l’infidélité conjugale est à la limite de la norme sociale, il n’est pas concevable de considérer que la distribution du préservatif aggrave le problème du VIH/SIDA.
Le préservatif est à n’en point douter, le seul espoir de protection pour ceux qui ont des rapports avant et en dehors du mariage ainsi que pour les couples sérodifférents ou séropositifs. La chasteté, la fidélité et le préservatif ne s’adressent pas au même public et sont des moyens complémentaires et synergiques de prévention du VIH/SIDA.
Sur la base d’un dialogue sans cesse renouvelé avec l’ensemble des confessions religieuses au Congo, le SEP/CNLS s’associe au séminaire œcuménique sur le VIH/Sida qui se tiendra à Brazzaville, du 31 mars au 2 avril 2009, sur le thème « Défis des Congrégations religieuses face au Vih/Sida : être une force de lutte » et souhaite que lors des échanges qui auront lieu, soit évoquée la place des différents moyens de prévention dans la lutte contre cette pandémie.